lundi 23 février 2015

Les mots des maux (4) : Comprendre "Les jeux de maux"



Quel est l’espace affecté par les maladies, par les symptômes qui nous posent problème qu’ils soient physiques ou moraux? Ou sous une forme plus simple, demandons-nous : « Où avons-nous mal? ».

Nous sommes tous plus ou moins convaincus d’avoir « mal au corps ». Rappelons-nous ces paroles que nous prononçons sans vraiment y réfléchir : « J’ai mal au coeur », « J’ai mal aux jambes », « j’ai mal à la tête... » Rappelons nous aussi les paroles de la célèbre chanson « Je n’suis pas bien portant »  dans laquelle Ouvrard chantait : « J’ai la rate, Qui s’dilate, J'ai le foie , Qu’est pas droit , J’ai le ventre, Qui se rentre , J’ai l'pylore , Qui s'colore, J’ai l’gosier, Anémié ». Ce qu’exprime cette pièce d’anthologie c’est le regard que la plupart des gens portent sur la maladie. En fait, nous sommes presque tous convaincus que le corps peut agir de manière autonome en fonction de lois internes qui peuvent être affectées par des facteurs « physiques ». En tête de ces facteurs se trouvent la génétique, les bactéries et les microbes et ces créatures aussi sophistiquées que dangereuses qu’on appelle « les virus ».

L’effet de cet « imaginaire médical » c’est que là encore, comme le dit la chanson : «je m'fais un mauvais sang fou, J’ai beau vouloir me remonter, Je souffre de tous les côtés. ». La plupart des gens ont beau vouloir guérir, leur souffrance continue et ils ont l’impression de ne pas avoir d’autre alternative que de s’en remettre corps et âme à la «toute puissance» de l’univers médical qui considère encore souvent le corps comme une « machine ». 

Sortons de ce schéma « officiel » pour observer d’un peu plus près comment nous en venons à  « habiter » notre corps. En fait, c’est entre la naissance et l’âge de deux ans que se développe en nous « la conscience du corps ». Ce stade, qu’on appelle « le stade du miroir » va permettre à chaque être humain de se reconnaître comme un organisme séparé des autres, comme un « individu » et cela va se faire à travers la reconnaissance du « schéma corporel », un schéma qui va se construire à travers les questions : « c’est qui? », « c’est à qui? », « c’est quoi »,…

Au cours de cette étape tout se met en place par le langage et nous apprenons à dire « je » et « moi » (« C’est à moi! »). En fait, sans langage, pas de structuration, pas de structuration, pas de corps : « Au début était le verbe ». Ce sont donc les « mots » qui vont construire notre corps et l’univers dans lequel il vit. Il faut voir clairement une chose, c’est que rien dans notre vie ne pourra alors plus jamais échapper au langage. Ce corps  perçu à l’« extérieur » qui semblait exister de manière autonome est en fait un corps « intérieur » que nos « mots », nos croyances personnelles et les opinions collectives vont modifier au fil du temps.

A partir de l’âge de deux ans, toute interaction avec le plan "physique" passe en premier lieu par le langage et l’imaginaire. On a beau avoir recouvert cette réalité du masque de l’anatomie et de la pathologie, le corps ne peut exister que grâce à l’univers des mots et des idées. Les émotions qui soutiennent et renforcent les contours de la « maladie » relèvent toutes de l’esprit : « peur, douleur, espoir, désespoir, courage,… ». Sans émotions et sans esprit que deviendraient les maux?

Posons-nous une autre question importante : "Où se trouvent tous ces souvenirs qui se cachent derrière la surface « mécanique » du corps?"

 Ils se trouvent dans cette partie impalpable que l’on nomme « l’inconscient » ou le « subconscient ». On pourrait passer beaucoup de temps à débattre sur les différences entre « l’inconscient » le « subconscient » mais en fait ce qui est utile d’un point de vue pratique c’est juste que nous sachions que la plupart des mots, des explications, des situations, des jugements et des récits qui nous ont permis de « construire notre corps » se trouvent enfouis quelque part, en dehors de notre conscience et que c’est eux qui déterminent vingt quatre heures sur vingt quatre le fonctionnement automatique de notre corps.

Il y a donc bien une « machine » ou un « robot », mais il a été programmé par notre esprit et toute cette programmation est devenue « inconsciente » ou « subconsciente » après avoir été mise en place instruction par instruction, mot par mot, justification logique après justification logique par l’intermédiaire de notre esprit conscient.

Pour résumer les choses nous pouvons dire que malgré les apparences et contrairement à beaucoup de croyances collectives la santé et la maladie passent forcément en premier lieu par le filtre de l’esprit et du langage. Notre corps est le reflet vivant de notre histoire personnelle. Ce qui revient à dire que c'est le terrain de jeu de nos mots (de nos maux). Cela nous permet de nous demander en quoi nos jeux de mots peuvent nous aider à comprendre nos jeux de maux pour nous permettre d’en gué-rire.

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